Bolloré déclarait il ya quelques jours que le style Sarkozy était personnel et percutant.
«
J’aime sa manière de bousculer les habitudes, les idées reçues. Il a un style personnel et percutant ».
Pour Vincent Bolloré, le Chef de l'Etat «
est en train de réaliser un électrochoc de la société ».
Alors justement, le président de la république a décidé d'exploiter encore un peu plus ce style percutant lors d'une
conférence de presse samedi après-midi (29/03/08).
Mesdames, messieurs, vous avez chaud???
Jusqu'à présent,
Nicolas Sarkozy exposait sa propre intimité dans l'espace public.
Quant il mettait sur le devant de la scène son épouse et sa famille, c'est lui en tant que père ou époux qu'il mettait avant tout en scène. Pourtant, cette conférence de presse signe une
nouvelle forme d'exhibition.
Il exhibe un objet qui ne semble pas lui appartenir: le corps de
Carla Bruni-Sarkozy.
Mais finalement, qu'est-ce donc que la monstration d'un corps, ou putôt qu'est ce donc que CETTE monstration corporelle?
Azzedine Lekhal définit le
strip-tease comme "
une forme spectaculaire aboutie répondant à des exigences
esthétiques poussées et à une technique du dévoilement très codifiée."
Finalement, le striptease relèverait de
"l’acte de se dévêtir en face d’un public dans une logique de segmentation du corps – en partant du haut vers le bas et de manière symétrique, dans un
temps donné, dans un cadre de représentation (la boite de nuit, le cabaret) qui supporte un dispositif spectaculaire organisant à la fois la relation au public (scène, comptoir, cage) et
l’instrumentation de ce dispositif (la lumière, la poursuite ou la douche, la musique, la fumée etc.) – acte dont les finalités sont de susciter le désir et de supporter l’activité
érotique."
Bon évidemment, cela serait aller un peu loin que de parler de striptease dans ce cas et pourtant...
Cette vidéo montre bien l'
acte de se dévétir en face d'un public dans une logique de segmentation (sauf que Carla Bruni-Sarkozy s'est arrêté à la veste) dans un
cadre de
représentation (Comment Azzedine Lekhal aurait-il pu prévoir qu'une conférence de presse donnée par le président de la république répondrait à ce type de représentation???) qui supporte un
dispositif spectaculaire organisant à la fois la
relation au public et l'
instrumentalisation de ce dispositif ...
Finalement, c'est tout cela qui fait que nous sommes plus proche du cas d'un striptease que d'un simple déshabillage: l'énonciation par Nicolas Sarkozy de ce geste qui aurait pu être anodin
intervient comme une scénarisation, et donc une spectacularisation, de ce dévoilement...
Par ailleurs, la réception du public (ou plutôt des journalistes) par leurs cris tend encore plus à comprendre cette monstration comme un striptease, un show qui s'organise et surtout fonctionne
dans un
rapport entre celui qui fait et celui qui regarde, ce qui
consolide la dimension de la mise en scène.
Vincent Bolloré concluait son interview par: «
Cela dérange. Il a décidé d’être transparent à l’heure où, en effet, les médias sont partout »
Avec cette conférence de presse, il semble que cela soit une nouvelle forme de visibilité et de transparence que Nicolas Sarkozy investit: il rend visible le corps, l'érotique et le désir: la
nouveauté c'est que tout cela ne lui appartient pas.
Que dire donc de l'utilisation du corps de sa femme (soit la première dame de France) et de cette érotisation pour susciter le désir, pour séduire, convaincre???
Je crois que je vais m'arrêter là... De peur que mon interprétation ne dérape...
Qui a dit "lâche"????
Je vous laisse donc seul face à votre propre interprétation... Et avec celle d'un vidéomontage qui amplifie le buzz médiatique (un autre) quant à cette affaire...
Cependant, juste avant de conclure sur le dévoilement d'épaules nues et ce striptease politique, je ne pouvais ignorer la question de la place et du rôle de Carla Bruni dans cette mise en scène,
ce qui laisse perplexe nombre de bloggeurs... Beaucoup se demandent comment elle gère ou accepte d'être assignée à ce rôle...
N'étant pas dans la tête de la première dame, loin de moi l'idée de pouvoir ou vouloir répondre à cette question...
Je me contenterai de citer deux sociologues, Vincent de Gaulejac et Isabel Taboada Léonetti:
"
le sujet intériorise en apparence l’identité négative (qui lui est imposée), il accepte en tout cas le statut qui lui est proposé mais il joue à être celui qu’on attend qu’il soit. Ce rôle
lui permet d’obtenir des avantages tout en prenant ses distances, en faisant “comme si” il n’était pas celui qu’il joue à être [...]"
Références:
Azzedine Lekhal. "Se montrer : le cas du strip-tease amateur" , texte disponible sur le site de l'EHESS: http://shadyc.ehess.fr/docannexe.php?id=497
Vincent de Gaulejac, Isabel Taboada Léonetti, La lutte des places. Paris. Epi. 1994.